KaRuprod, quand la Rumba sonne !

Vues de l’extérieur, les choses paraissent toujours simples…d’autant qu’il est question de Rumba…Ni plus ni moins qu’une guitare qui fait double emploi ,mélodie et tempo avec la technique du « ventilador », une voix quasi monocorde, un concert improvisé sur une place de Saint-Jacques, quelques chaises, des mains sèches qui tapent un rythme saccadé…

C’est l’esprit de la Rumba catalane : le partage, la fête et la convivialité.
La porte toujours ouverte les jours de fêtes ou de mariages, les maisons des plus anciens accueillent les festins et après les repas, pris en charge par les hommes, l’on boit et l’on chante. Rien de plus simple ! Quand il est question de besoins vitaux comme le manger et le boire, les choses s’accordent toujours facilement. Ce qui prime, et ce qui peut parfois déstabiliser, c’est l’importance accordée à l’humain. Plutôt être qu’avoir, partager plutôt que posséder. Aventurez-vous quelque soir vers la place Puig et vous voyagerez …direction les favelas brésiliennes, Cuba et l’ambiance indescriptible de cette musique qui transporte, de cette musique qui émeut, de cette musique qui réunit.


De ce constat simple est né le label KaRuprod, conduit de main de maître par Hervé Parent depuis janvier 2017. http://karuprod.eu/label/

Là encore, rien de bien compliqué à première vue. Pourtant avant que la Rumba sonne sur les platines de son salon, il en faut du chemin. Car tout le propos et l’engagement du label KaRuprod, c’est de livrer des productions de qualité, exigeantes en terme de production, tout en gardant l’authenticité qu’induit ce style de musique. Ainsi, KaRuprod, construit comme un véritable écosystème, prend en charge les artistes, du management à la diffusion, dans ce carrou (charrette des familles gitanes qui sert à aller vers l’ailleurs mais également à se réunir) d’un nouveau type.
Ainsi, l’étape de l’enregistrement et le choix du mode de fixation se fait toujours dans l’optique de mettre l’artiste en confiance, et de lui offrir la chance de se livrer de manière la plus authentique qu’il soit. Pour Jérôme Espinas, musicien de rue, au jeu instinctif et spontané, on enregistre en une prise, grâce à un studio mobile installé dans le bureau d’Hervé afin de ne pas le déstabiliser. Pour Doni Baliardo, qui a l’habitude de la scène, ce sera une fixation instantanée, alors qu’il n’est pas même au courant, lors d’un concert au Casal de Perpinyà. Tout est donc fonction de l’artiste, et consiste en un véritable travail d’artisanat même lorsqu’il s’agit de gens plus aguerris comme avec Tato Garcia, le choix des équipes se faisant toujours en fonction de la personnalité du musicien et de ses besoins.


Autre aspect non négligeable, prise en charge par la maison de production, la transmission et la diffusion d’une musique par essence éphémère. Un travail de recherche qui peut parfois être de longue haleine, comme lorsqu’il s’agit de retrouver l’un des tous premiers 45 tours de Rumba catalane enregistré dans les années 70 par Tio Luis, aujourd’hui disparu. Une fois le disque retrouvé, remixé puis remastérisé, ces neveux, les Rumberos Catalans, qui regrettaient de ne pas avoir fixé ces moments de partage avec leur oncle, ont pu reprendre les morceaux de la face A, livrant un beau disque mémoire.
La question de la transmission pour cette communauté gitane, est d’autant plus prégnante qu’il s’agit d’une culture de l’oral. Compliquant d’autant les démarches amorcées pour constituer un dossier de candidature auprès de l’Unesco, au titre de patrimoine culturel immatériel de l’humanité . Là encore, un travail de longue haleine afin de retranscrire la parole gitane et tenter de proposer, par le biais d’enquêtes ethnologiques, des traits communs à cette Rumba catalane qui brasse les territoires (de la Catalogne sud à la Camargue), les langues (espagnol, catalan, français, occitan voire calo). De même plusieurs styles musicaux en fonction des régions et des populations gitanes : interprétation plus chaloupée à Barcelone quand ici en Catalogne Nord, le style est plus rugueux .


La Rumba catalane, tout un monde, d’autant que les origines remontent aux musiques sud-américaines, arrivées aux ports barcelonais via l’immigration cubaine.
Tout un monde, c’est ce que l’on retrouve sur le dernier album de Antoine « Tato » Garcia, El Mundo, sorti en avril et écoutable en streaming http:// http://tiny.cc/q1ac5y ; synthèse d’un parcours riche de rencontres et d’influences, où l’on retrouve les rythmes cubains, l’esprit du Flamenco et ses voix méditerranéennes, mais également le jazz manouche et les influences roumaines.

Un album ambitieux avec des invités de prestige tels Agnès Jaoui, elle aussi inspirée par ses voyages à Cuba où elle dit avoir retrouvée les rythmes méditerranéens de son enfance tunisienne, ou encore la guitare et le style si reconnaissable de Steeve Laffont ainsi que la voix sublime d’Eliene Castillo Borrero, originaire de la Havane. https://karuprod.bandcamp.com/album/el-mundo

Et plus surprenant encore, ce petit monde n’en finit plus de s’ouvrir à des univers aussi variés que la disco d’un Art of Tones, la house d’un Ashley Beedle, la soul d’un Raph Dumas ou le jazz d’un Jeff The Fish. Car le premier single de l’album, La Rumba me va, a déjà eu droit à ses versions remixées, histoire de rappeler que si la Rumba sonne, la Rumba se danse encore et toujours. https://karuprod.bandcamp.com/album/la-rumba-me-va-remix

Et l’on n’ aura d’ailleurs pas à aller bien loin pour retrouver tout ce beau monde, puisque ce vendredi 23 août aux Arènes de Céret, aura lieu un concert exceptionnel dans le cadre du festival Y a pas que la cerise pour un beau moment, c’est certain, de partage et de convivialité! https://www.facebook.com/yapasquelacerise

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