Steeve Laffont et le génie manouche

Avec quelqu’un comme Steeve Laffont, l’imprégnation culturelle n’est pas à prendre à la légère. Nourri de musique dès son plus jeune âge, issu d’une famille où tout le monde joue sans même s’en apercevoir, Steeve parle du jazz manouche comme d’une musique naturelle. À l’origine de ce style, un homme : l’unique Django Reinhardt…qui se trouve être le cousin germain de la mère de Steeve ! Si cette lignée a donné un génie de la musique, Steeve rappelle que du côté paternel, on est également musiciens depuis des générations.
La famille de Steeve Laffont, des Sinti-Piémontais, se sont installés en France au sortir de la Première Guerre mondiale. Les caravanes installées dans des champs du Haut-Vernet ont fini par y rester définitivement. C’en était fini des routes de l’exil, via l’Algérie où la grand-mère maternelle verra le jour, en passant par la Corse, petit clin d’œil dans le titre du dernier album.

Mais si la route s’arrête, le mode de vie manouche perdure, une façon d’être, une façon d’élever les enfants pieds nus autour d’un feu, au son des guitares, la caravane jamais bien loin.
C’est sur ce terreau propice que la musique manouche naît, elle remplace la parole et sert de lien entre les générations. Steeve Laffont explique :

« Avec cette musique, il n’y a pas besoin de paroles. C’est une histoire qu’on raconte et un dialogue qui touche le public et que l’on ressent. »


L’histoire du jazz manouche débute avec Django, dans les années 30, alors simple joueur de banjo dans les bals musette de l’époque. Il assiste à Nice à un concert de Louis Armstrong. Influence déterminante qui le conduira à mettre le jazz à la sauce gitane. Et ce malgré un handicap de taille, il ne pouvait jouer qu’avec deux doigts suite à une grave brûlure. Il troque alors le banjo pour la guitare et réinvente une façon de jouer qui inspirera bon nombre de guitaristes parmi lesquels le grand Jimi Hendrix.

Échange entre les États-Unis et la France inédit, grâce à un musicien hors pair, en avance sur son temps, le premier à pouvoir se vanter d’avoir exporter un jazz européen dans la patrie même du jazz. De l’autre côté de l’Atlantique, on appelle le jazz manouche : la musique de Django…c’est dire ! Steeve Laffont rappelle, ému, la mort prématurée de cet incroyable musicien qui « aurait pu réinventer la Bossa-Nova », lui qui prévoyait un voyage au Brésil.
D’une certaine manière, le jazz manouche peut se rapprocher du blues des Noirs-Américains. Il faut le vécu pour pouvoir transmettre l’âme manouche, le bain culturel est primordial dans ce genre de musique. C’est pourquoi, bien souvent, ce style invite à une démonstration technique qui l’ éloigne de l’émotion et d’un jazz accessible à tous.
Steeve Laffont s’amuse :

« Les anciens quand ils veulent voir ce dont tu es capable, ils te demandent de jouer une ballade…pas un swing. Ce qu’ils veulent voir, c’est l’émotion que tu es capable de transmettre. Moi-même, dès que je vois un petit jouer, je sais si c’est un musicien ou pas. C’est différent de savoir jouer et d’être musicien. »


Cette émotion va de pair avec l’improvisation :

« La musique, c’est comme la parole. Si on anticipe sur ce qu’on va dire, on perd tout. Il vaut mieux ne rien préparer et créer sur le moment. La guitare devient alors un prolongement de toi-même. »


En studio également, Steeve Laffont est sensible à ce que les conditions soient bonnes :

« C’est un endroit où j’aime bien créer. Être bien inspiré, avec un bon ingénieur du son, entouré de bons musiciens, c’est top. Après une fois que j’ai créé, je n’écoute plus mes albums. »


Il précise qu’il retournera en studio en 2020, une fois sa tournée terminée, pour trouver un successeur à l’excellent Night in Corsica. Avec toujours pour l’accompagner à la guitare, son cousin Rudy Rabuffetti, qui joue avec lui depuis son plus jeune âge :
« Si tu n’as pas la réplique derrière, tu ne vas pas jouer ou alors ce sera mal fait. »


L’esprit de famille, on le retrouvera le 31 octobre au Théâtre de l’Archipel, pour un concert hommage à Django Reinhardt. Steeve Laffont offrira une carte blanche à huit musiciens, dont Guillaume Bouthie à la contrebasse, William Brunard au violoncelle et Costel Nitescu au violon. Manouches ou pas, ils en ont l’esprit et sauront le faire partager au public lors de ce rendez-vous exceptionnel. https://www.theatredelarchipel.org/a-lagenda/larchipel/carte-blanche-a-steeve-laffont
Steeve Laffont fera à nouveau chanter sa guitare, le sourire au visage, des trémolos dans la voix, pour chanter ce peuple manouche. Sa musique parle une langue universelle, commune à tous, celle du cœur. Comme disait Arthur Rimbaud : [De la musique], « de l’âme pour l’âme. »

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