Malice ou l’éveil des sens

Laissez-vous séduire par le jeu malicieux de deux artistes férus d’érotisme. Dans un pas de deux, sur un air de tango, Pascal Ferro et Chelsea Cunningham vous propose « Malice », projet inédit d’un fanzine érotique.
Ce projet, le plus simplement du monde, est le fruit d’un tête-à-tête autour d’un verre de rouge, avec pour entremetteur Manuel Perez, l’hôte des lieux. C’est donc, tout aussi naturellement, que le photographe et l’écrivaine vous présenteront leur « bébé » au Tet, le mercredi 22 janvier 2020 à partir de18h avec pour mot de passe :

« érotisme doux et musique pointue ».


La soirée s’appuiera sur l’exposition des photos de nu choisis pour ce premier numéro de « Malice », et sur un Dj set de Gre qui s’inspire des textes de Chelsea et des morceaux qu’elle cite par bribes. Et pour titiller nos papilles, Anata prévoit une dégustation à la hauteur. https://www.facebook.com/events/2756950367719541/


Mais revenons au projet qui part d’un échange sur l’érotisme de nos jours. Au questionnement esthétique de Pascal Ferro autour des voies à explorer dans ce domaine répond la fulgurance des textes de Chelsea Cunningham qui joue des mots, proposant une langue toujours sensuelle et malicieuse.
De cette quête à désirer, à explorer nos sens, à suggérer les plaisirs, Pascal propose les photographies de jeunes femmes, domaine sur lequel il travaille depuis deux ans maintenant. De ces nus, il espère quelque chose de fugace, quelque chose qui échappe …comme une libération d’où va naître l’érotisme. La photographie peut permettre d’envisager la complexité du désir féminin car l’attirance de l’objectif pour son modèle donne à voir le désir comme objet de curiosité.
Ainsi, l’échange avec Chelsea ouvre sur des voies à explorer autour de cet éclair, de cet instant fugace où le désir surgit. Son écriture par bribes fait exister autrement les images, ouvre sur d’autres possibles. L’idée d’un projet éphémère va de pair avec l’idée d’instant à déguster, dont il faut tirer profit car il ne s’inscrit pas dans la durée, avec tout de même une trace de ce partage grâce à l’édition d’un fanzine.
Dans ce duo, le féminin a pris part, apportant cette dose de douceur et de liberté qu’on ne retrouve pas dans l’objet pornographique ou les pratiques extrêmes auxquelles l’érotisme est souvent associé

Photographie Pascal Ferro, Malice, décembre 2019.


À ce propos , Pascal précise :

« Dans l’érotisme, il y a une esthétisation, une intervention artistique, une certaine recherche que l’on n’a pas dans la pornographie où l’acte est montré de façon plus brutal. »



Ce qui semble curieux à notre époque, après la libéralisation joyeuse des années 70 et l’entrée en jeu de l’érotisme et de la pornographie dans le monde de l’économie, c’est que « l’on peut tout voir et que par ailleurs, il y a un puritanisme incroyable ! « 
En effet, la diffusion via le net appauvrit l’érotisme et le dessèche. Ce en quoi le projet de fanzine semble d’intérêt : esthétiquement pauvre, avec une économie de moyens et d’ambition liée à la révolution culturelle Punk;revisité comme le font Pascal et Chelsea, il démontre un extraordinaire espace de liberté et de diffusion. Sur un mode alternatif, il reprend l’esthétique de la parenthèse heureuse du Dadaïsme puis du Surréalisme.Et ce n’est pas pour rien que notre duo cite de concert et sans concertation l’écriture automatique comme référence.
Chelsea dans son écriture recherche ce flux spontané proche de l’écriture automatique. Elle se nourrit en amont de toutes sortes de choses, ce qui sert d’appui à sa réflexion.

« Je suis une sorte d’éponge. Tous mes sens sont en éveil. Je recherche une absence de maîtrise , il s’agit de se défaire de la réflexion. C’est une sorte d’expérience mystique où les mots tombent. »


Ce fanzine, elle l’a conçu « comme une création nouvelle à partir d’éléments épars. La rencontre entre l’image et le texte apportent une nouvelle profondeur aux photos et inversement. Chacun fonctionne séparément mais une fois réuni, c’est un nouvel objet. »
Un peu comme cette rencontre amoureuse, fruit du hasard,où le désir échappe : c’est cette magie que l’on cherche à recréer.

« Vivre ce passage, de l’envie obsédante à une absence totale d’envie. »

C. Cunningham, « Malice », décembre 2019.



Dans ces textes, il est souvent question de manque et de la souffrance que cela implique, d’attente également avant le plaisir charnel que l’on retrouve …ô suprême délice ! au hasard d’une sensation, d’une odeur, d’une chanson …


Chez Pascal Ferro, le sens le plus sollicité est la vue bien évidemment et ce photographe « amateur » , au sens premier du terme, lors des prises de vue exerce dans un certain contrôle. La place accordée au hasard, elle apparaît, comme dans les clichés noirs et blancs de Man Ray, grâce à la solarisation. Technique, qui inverse les couleurs lors d’un brusque éclairage au mauvais moment, faisant passer le noir au gris clair, le blanc au gris foncé. https://culturieuse.blog/2018/05/17/man-ray-le-luminescent-1890-1976/

« L’outil numérique aide pour retrouver cette esthétique aléatoire. Même si lors de la prise de vue, on est dans l’incertitude. »



Il s’agit donc de représenter l’érotisme, ce moment fugace qui va de pair avec l’instantané.

« En studio, il y a une forme de mise en scène, une trame au départ. Mais la notion de hasard est importante notamment lors du développement. C’est un moment qu’on n’ a jamais vu et qu’on ne voit qu’après. Comme dit Roland Barthes : « c’est un instant mort ».


Il s’agit également de jouer avec l’espace et le temps comme David Hockney, qui est passé maître en ce domaine. La technique consiste à se servir du léger décalage lors de la prise de vue et de procéder à une sorte de montage qui fait qu’un même corps va être vu avec un changement de perspective, un peu à la manière des peintres cubistes.


Là aussi l’aléatoire entre en jeu tout comme l’idée d’imperfection. À une époque où la pauvreté des images vient sans doute de cette recherche du sublime et du lisse, il est rafraîchissant de rencontrer dans cet objet hybride des poils ou des tétons …de manière subreptice, qui s’imposent comme l’odeur du café ou encore celle d’une aisselle.
L’art doit nous interpeller, doit provoquer notre imaginaire. Ne plus prendre de risques, c’est le risque de s’ennuyer ferme. Si les soirées d’hiver vous semblent bien ternes, venez rejoindre « Malice », vous y serez en excellente compagnie !

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